Anomalies Chromosomiques

Trisomies

Définition

La trisomie 21 (T21) est caractérisée par la présence d’un chromosome supplémentaire sur la 21ème paire. Les personnes atteintes de T21 ont un visage aux traits particuliers, une déficience intellectuelle, variable d’une personne à l’autre et un développement psychomoteur ralenti.

Dans 95% des cas, il s’agit de trisomies libres et homogènes. Moins de 5% des fœtus atteints présentent une trisomie 21 en mosaïque. [1, 2]

La trisomie 18 (T18) est caractérisée par la présence d’un chromosome supplémentaire sur la 18ème paire. Elle est caractérisée par un retard de croissance, un crâne allongé avec un visage caractéristique, des anomalies des membres et des malformations viscérales. La trisomie 18 est une anomalie génétique sévère entraînant, dans plus de 95% des cas, le décès in utero du fœtus atteint.

Comme pour la trisomie 21, la majorité des cas sont des trisomies homogènes (95%). Moins de 5% des cas présentent une trisomie 18 en mosaïque, dont le tableau clinique va de la T18 « classique » à un phénotype normal, selon la proportion de cellules porteuses d’une trisomie 18 dans les différents tissus. Le phénotype de la trisomie 18 semble être lié à la présence de trois copies des bandes 18q11-q12. [3, 7]

La trisomie 13 (T13) est une anomalie chromosomique due à la présence d’un chromosome supplémentaire sur la 13ème paire. Elle est caractérisée par l’association de malformations cérébrales et cardiaques, d’anomalies oculaires, de retards psychomoteurs très sévères, de malformations du squelette et du tube digestif. Les conséquences de cette maladie génétique entraînent dans plus de 95% des cas le décès in utero du fœtus atteint.

Environ 75% des cas de trisomie 13 sont des trisomies homogènes. Dans 20% des cas, il s’agit d’un dérivé de translocation robertsonienne (le chromosome 13 surnuméraire étant attaché sur un autre chromosome 14, 15, 21 ou 22). Un petit nombre de patients présentent une trisomie 13 en mosaïque, dont le tableau clinique va de la trisomie 13 « classique » à un phénotype normal, selon la proportion de cellules porteuses de trisomie 13 dans les différents tissus. [4, 5]

Étiologie

Le risque de porter un fœtus atteint de trisomie (21, 18, 13) augmente avec l’âge de la mère. Pour la trisomie 21, il est de 0,07% pour les femmes âgées de 25 ans (sur 10 000 femmes enceintes de 25 ans, 7 portent un fœtus atteint), de 0,26% à l’âge de 35 ans et de 3,6% pour les femmes enceintes de 45 ans.

Le risque de récurrence d’une trisomie (21, 13 ou 18) après la naissance d’un enfant porteur de trisomie est de l’ordre de 1%. [6, 7, 8]

Circonstances de découverte

La trisomie 21 peut être détectée en période prénatale lors d’un test de dépistage  réalisé préférentiellement au premier trimestre de la grossesse (entre 11 et 13 SA) : le dépistage combiné du 1er trimestre pour la trisomie 21. Il est possible de le réaliser au 2ème trimestre (entre 14 et 17 SA). Ce test combine la mesure de la clarté nucale, le dosage des marqueurs sériques sanguins (au 1er trimestre : β-hCG, PAPP-A ; au 2ème : AFP, hCG, OEstriol non conjugué) et l’âge maternel. Il estime le risque que le fœtus soit atteint de T21 par rapport à un seuil de 1/250. Tout dépistage positif (risque supérieur à 1/250, en France) sera alors suivi d’une proposition d’étude du caryotype fœtal par un prélèvement diagnostique (amniocentèse, choricentèse) qui permet de savoir avec certitude si le fœtus est atteint ou non. Cependant, cet examen présente un risque de fausse couche dans 0,5 à 1% des cas.

Afin d’approfondir les résultats du test de dépistage, il est également possible de réaliser des échographies de référence. Elles ne sont pas dangereuses pour la femme enceinte ni pour le fœtus. Les échographies approfondies ne permettent pas de déterminer avec certitude si le fœtus est atteint ou non de Trisomie 21. En revanche, elles permettent de révéler des anomalies physiques (malformations cardiaques, digestives, etc.), dont certaines témoignent d’une Trisomie 21.  [1, 2]

Lorsque le dépistage combiné du 1er trimestre (ou 2ème) place la femme enceinte dans un groupe à risque accru pour la T21, ou encore lorsqu’il y a des signes d’appels échographiques, il est possible de proposer le dépistage prénatal non invasif (DPNI), qui consiste à réaliser un prélèvement sanguin à la femme enceinte. Depuis mai 2017, la HAS (Haute Autorité de Santé) recommande de proposer le test ADN libre circulant de la T21 après un dépistage combiné du 1er trimestre (ou à défaut après un dépistage par marqueurs sériques seuls au 2ème trimestre), aux femmes dont le niveau de risque estimé est compris entre 1 sur 1000 et 1 sur 51. Ce test repose sur la présence de l’ADN fœtal dans le sang maternel. Ainsi, grâce à une technologie (Next Generation Sequencing) capable de compter toutes les séquences du matériel génétique présentes dans un échantillon de sang maternel, il est possible de trouver s’il y a une trisomie chez le fœtus. La place du caryotype fœtal reste inchangée : seul cet examen permet de poser un diagnostic. Pour les femmes dont le risque est supérieur ou égal à 1 sur 50, la HAS maintient sa recommandation de leur proposer d’emblée la réalisation d’un caryotype fœtal, mais en intégrant la possibilité pour celles qui le souhaiteraient de réaliser dans un premier temps un test ADN. D’une grande fiabilité et sans danger, le DPNI permet de détecter également les trisomies 13 et 18.  Il limite le recours aux prélèvements invasifs (amniocentèse ou ponction de villosités choriales).

Pour en savoir plus : Place des tests ADN libre circulant dans le sang maternel dans le dépistage de la trisomie 21 fœtale (HAS – Recommandation en santé publique).

Lients utiles : Dépister la Trisomie 21 ? S’informer pour décider.

Les trisomies 13 et 18 peuvent également être suspectées lors des tests sérologiques de dépistage. Cependant elles sont plus souvent diagnostiquées à l’échographie morphologique du 2ème trimestre en présence de signes évocateurs d’une trisomie 18 (retard de croissance, malformations cardiaques, digestives, kystes multiples des plexus choroïdes, etc.) ou d’une trisomie 13 (malformations cérébrales, malformation des membres, polydactylie, etc.)

Traitement

Les traitements et indications opératoires pour les enfants atteints d’une trisomie 21 sont identiques à ceux des enfants non porteurs de la T21. Ils s’articulent autour des malformations associées telles que les anomalies cardiaques, digestives, urinaires etc. Les examens oculaire (fréquence des cataractes congénitales) et auditif (incidence augmentée des surdités) peuvent également être pratiqués chez les nouveau-nés.

Un suivi précoce et un bon soutien par une équipe pluridisciplinaire, tout au long de la vie, permet le maintien des capacités intellectuelles et physiques.

Dans les trisomies 18 et 13 la prise en charge médicale est limitée aux soins de support et de confort. Un traitement chirurgical des malformations ne modifie pas le pronostic de façon sensible. [3, 4, 5]

Pronostic – Évolution

Un projet coordonné, rééducatif, éducatif et social, est mis en place, visant à l’intégration de l’enfant porteur d’une T21 en milieu ordinaire. Un suivi médical adapté est largement préconisé du fait du risque accru de certaines pathologies. L’espérance de vie des personnes porteuses d’une trisomie 21 est aujourd’hui supérieure à 50 ans.[6]

Les trisomies 18 et 13 sont très sévères : 90 à 95% des enfants décèdent avant 1 an de complications cardiaques, rénales, neurologiques ou de surinfection. Une survie prolongée est toutefois possible, en particulier en cas de mosaïcisme ou de trisomie partielle (par translocation) s’il n’y a pas de malformation cérébrale majeure. [7, 8]

Prévalences

En 2015, la prévalence de trisomie 21 dans les départements de surveillance du registre a concerné environ un cas sur 400 naissances.

Répartition des prévalences de trisomie 21 de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera
Répartition des prévalences de trisomie 21 de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera

En 2015, la prévalence de la trisomie 18 dans les départements de surveillance du registre a concerné environ 7,8 cas sur 10 000 naissances.

Répartition des prévalences de trisomie 18 de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera
Répartition des prévalences de trisomie 18 de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera

En 2015, la prévalence de la trisomie 13 dans les départements de surveillance du registre a concerné environ 3,3 cas sur 10 000 naissances.

Répartition des prévalences de trisomie 13 de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera
Répartition des prévalences de trisomie 13 de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera

Syndrome de Turner

Définition

Le syndrome de Turner (ST) est lié à l’absence totale ou partielle d’un chromosome X chez la femme. On parle de monosomie X. Il associe de manière quasi constante un retard statural et une insuffisance ovarienne avec infertilité. De façon plus variable d’autres manifestations, telles que des anomalies du cœur et des reins, ainsi que des particularités au niveau du visage et des membres, peuvent être présentes. [9]

Étiologie

La plupart des cas de syndrome de Turner sont sporadiques. Les facteurs de risque du syndrome de Turner sont aujourd’hui méconnus. Le risque de récurrence dans la fratrie après la naissance d’une fille atteinte est de l’ordre de 1%. [9]

Circonstances de découverte

Le diagnostic peut être réalisé en période prénatale à l’échographie du 1er ou du 2ème trimestre devant des signes évocateurs tel qu’un œdème du cou, souvent associé à une petite taille du fœtus.

Le diagnostic de certitude est établi après la réalisation d’un caryotype qui retrouve une monosomie (45, X) dans environ 50 % des cas, les autres formes étant des formes en mosaïque et plus rarement des anomalies de structure du chromosome X. En cas de diagnostic anténatal, il est souhaitable de réaliser un caryotype postnatal. [10]

Prise en charge

Dès la naissance des interventions chirurgicales peuvent être effectuées en cas de  malformations cardiaques ou rénales. Un traitement médicamenteux par hormone de croissance peut être débuté dès l’enfance afin d’améliorer la taille des patientes.

L’apport d’œstrogènes à l’adolescence dans un premier temps permet d’induire la puberté. A l’âge adulte, le traitement substitutif de l’insuffisance ovarienne est maintenu par des œstroprogestatifs (sauf contre-indications). [10]

Pronostic – Évolution

Le traitement par l’hormone de croissance (GH ou STH) permet un gain de taille adulte variable en fonction de l’âge de début du traitement. Il est d’environ 1,5 cm par année de traitement pour les traitements commencés entre 7 et 12 ans. La taille moyenne pour les filles qui ont été traitées est supérieure à 150 cm. [9]

Prévalence

En 2015, la prévalence du syndrome de Turner dans les départements de surveillance du registre a concerné environ 2,3 cas sur 10 000 naissances.

Répartition des prévalences de syndrome de Turner de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera

Syndrome de Klinefelter

Définition

Le syndrome de Klinefelter est lié à la présence d’un chromosome X supplémentaire chez les hommes. Le nombre total de chromosomes est alors de 47 avec une formule 47, XXY. Une mauvaise séparation des chromosomes parentaux au moment de la méiose est à l’origine de cette anomalie chromosomique. Le chromosome supplémentaire provient soit du père, soit de la mère. La forme homogène du syndrome de Klinefelter représente 80% à 90% des cas. [11]

Étiologie

Cette anomalie se produit d’autant plus fréquemment que l’âge maternel augmente.[11]

Circonstances de découverte

Le diagnostic est le plus souvent posé à la puberté, par la présence de petits testicules et/ou par un développement anormal des glandes mammaires. Il peut être parfois diagnostiqué qu’à l’âge adulte lors  d’une consultation pour un problème d’infertilité masculine. Seule une étude du caryotype peut confirmer le diagnostic.

Le syndrome de Klinefelter peut également être découvert en période prénatale si une analyse des chromosomes du fœtus est réalisée pour une autre raison (âge maternel élevé, dépistage sérologique des anomalies chromosomiques). [11, 12]

Prise en charge

L’administration d’un traitement hormonal de remplacement (testostérone) dès le début de la puberté contribue au développement des caractéristiques masculines secondaires (pilosité, voix grave, développement de la musculature) et évite le développement des glandes mammaires. Son mode d’administration (comprimés, gel, injection, patch) ainsi que sa fréquence seront adaptés en fonction de chaque personne. Ce traitement peut être poursuivi à l’âge adulte.

Pour les problèmes d’infertilité, une assistance médicale à la procréation (AMP) est envisageable pour les hommes atteints du syndrome de Klinefelter. [11, 12]

Pronostic – Évolution

Avec le traitement hormonal et le soutien de leur entourage, les garçons atteints du syndrome de Klinefelter auront un développement pubertaire normal.

Lorsque la prise en charge est précoce et adaptée, l’insertion sociale des personnes atteintes du syndrome de Klinefelter n’est pas différente de celle de la population générale à l’âge adulte. Le risque que les descendants porteurs d’un syndrome de Klinefelter en soient atteints est quasi-nul.

Prévalence

En 2015, la prévalence du Syndrome de Klinefelter est inférieur à un cas sur 10 000 naissances dans les départements de surveillance du registre.

Répartition des prévalences de Syndrome de Klinefelter de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera
Répartition des prévalences de Syndrome de Klinefelter de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera

Triploïdie

Définition

Une triploïdie est une anomalie chromosomique liée à la présence de deux lots de chromosomes supplémentaires dans la cellule (69 chromosomes au lieu de 23). Elle résulte d’une anomalie survenant soit au cours de la méiose au moment de la gamétogénèse, soit au cours de la fécondation (fécondation d’un ovocyte par deux spermatozoïdes). Les chromosomes surnuméraires peuvent être d’origine paternelle ou maternelle. En fonction des chromosomes sexuels, on peut observer trois caryotypes :

  • le caryotype (69, XXY) présent dans 60 % des cas ;
  • le caryotype (69, XXX) présent dans 37  % des cas ;
  • le caryotype (69, XYY).

Il existe également des cas de mosaïcisme, où seule une fraction de cellules comporte les chromosomes surnuméraires. [13]

Les nourrissons atteints de triploïdie complète souffrent de retard de croissance et de multiples anomalies congénitales (système nerveux central, anomalies cardiovasculaires, digestives ou génito-urinaires). Sur le plan ophtalmologique, une cataracte peut s’associer à un glaucome, une microphtalmie colobomateuse ou un hypertélorisme.

Étiologie

La plupart des cas de triploïdie sont sporadiques. Les facteurs de risque sont aujourd’hui méconnus. L’âge des parents ne semble pas influencer l’incidence des triploïdies.

Circonstances de découverte

La triploïdie est souvent suspectée à l’échographie du 2ème trimestre en présence d’un oligoamnios (insuffisance de liquide amniotique) et un retard de croissance intra-utérin sévère. En outre, les tests sérologiques montrent des niveaux anormaux des marqueurs sériques (AFP, hCG, Oestriol, PAPP-A). Cependant le diagnostic ne peut être confirmé qu’à l’étude du caryotype à l’aide de l’amniocentèse ou lors d’un prélèvement de villosités choriales. [13, 14]

Prise en charge

La prise en charge médicale de la triploïdie est limitée aux soins de support et de confort.

Pronostic – Évolution

C’est une affection très létale en période embryonnaire. Si la grossesse se poursuit à terme l’enfant décède dans les premiers jours de vie. Une survie prolongée est toutefois possible, en particulier en cas de mosaïcisme s’il n’y a pas de malformation cérébrale majeure.

Prévalence

En 2015, la prévalence de la triploïdie dans les départements de surveillance du registre est inférieure à 1 cas sur 10 000 naissances.

Répartition des prévalences de triploïdie de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera
Répartition des prévalences de triploïdie de 2006 à 2015 dans les départements suivis par Remera

Références :

[1] Réseau périnatal AURORE, Dépister la Trisomie 21 ? S’informer pour décider, Juin 2014.

[2] Arrêté du 23 juin 2009 fixant les règles de bonnes pratiques en matière de dépistage et de diagnostic prénatals avec utilisation des marqueurs sériques maternels de la trisomie 21. Disponible sur Legifrance.

[3] A Cereda, JC  Carey, The trisomy 18 syndrome, Octobre 2012. Disponible [En ligne].

[4] National Organization for Rare Disorders, Trisomy 13 Syndrome, 2007.

[5] A Abbara, Trisomie 13, Décembre 2010.

[6] B De Freminville, R Touraine, Orphanet- Trisomie 21,

[7] A Verloes, Orphanet – Trisomie 18,

[8] A Verloes, Orphanet – Trisomie 13,

[9] Encyclopédie Orphanet Grand Public, Le syndrome de Turner, Mars 2011.

[10] HAS, PNDS – Syndrome de Turner, Janvier 2008.

[11] Encyclopédie Orphanet Grand Public, Le syndrome de Klinefelter, Septembre 2006.

[12] E Nieschlag, Klinefelter Syndrome. The Commonest Form of Hypogonadism, but Often Overlooked or Untreated, Mai 2013.  Disponible [En ligne].

[13] A Abbara, Polyploïdies, Mai 2012.

[14] National Organization for Rare Disorders, Triploidy, 2016.

 

 

Page modifiée le 11 juillet 2017.

Registre des Malformations en Rhône-Alpes